Interview d'Emmanuel Loi à Juan Carlos Belon Lemoine lors de la
présentation de l'installation «objet à détruire» à la galerie
«OÙ», lieu d'exposition pour l'art actuel, Marseille décembre
2006.
Emmanuel LOI:
1.- Que peut-on dire d'un tel travail, nécessite t-il une économie particulière, un mode d'emploi inapproprié qui implique non pas une complicité du spectateur mais une participation? Cela – la vidéo montrée ici- donne l'impression d'une leçon à désapprendre, d'être introduit dans une spatialité où l'on n'en saura moins après avoir vu l'oeuvre étant donné que l'intrusion est sollicité, que le nouveau venu ou la personne non informée fait partie du travail du dispositif.
JCBL.
- Il est certain que le spectateur est pris ici comme un interlocuteur qui pense. Si le passant-spectateur s'arrête à regarder la vidéo, le dispositif en tant que système qui structure l'expérience sensible aura accompli sa fonction, installer celuici au coeur d'une certaine durée, d'un tempo particulier. D'autre part il met en jeu la perception du spectateur et l'implique dans un travail de représentation et de constitution d'images. Comme tout production symbolique c'est ne pas quelque chose qui a totalement à voir avec le visible, le visible n'est qu'un partie de l'oeuvre. Le contact visuel directe avec l'oeuvre n'est qu'une partie de ce qu'on peut savoir sur elle. La réalité ne s'arrête pas a ce que nous voyons ou percevons. La vidéo «objet à détruire» est plus suggestive que représentative.
2 EL.- Le fait d'être interloqué, intrigué par le questionnement du temps, métrique, binaire de la respiration, du battement de coeur, repose sur une stratégie. A quelles fins? Qu'escompter de la réaction, de la réflexion de la personne convoquée?
JCBL.- Le temps a toujours été au centre de mes préoccupations aussi bien dans la photographie que dans la vidéo et mes installations. Le son obsédant du métronome impose sa cadence comme le temps le fait de manière souveraine dans tous les actes de la vie. Le temps qui se répète mais qui n'est jamais le même. Mais il faut aller au délà de l'identification de ce qui est montré, il y a un l'écart entre l'image spéculé et la réalité perçue. l'installation appelle au sens, mais pas seulement à celui des images, des objets, du dispositif. Les pistes probables sont nombreuses mais aucune interprétation «parfaite» n'est jamais possible car le sens y est davantage distribué que clôturé, elle est polysémique. Il ne faut pas, non plus, trahir l'expérience esthétique par un excès d'interprétation.
3 E.L.- Vous montré peu. Non seulement votre production est peu montrée à Marseille où vous habitez depuis 15 ans, mais votre recherche porte sur l'élagage de la discursivité, concerne la volonté d'enlever, de réifier le point de vue. Comment s'articule votre pratique avec le champ actuel de l'art contemporain, des installations savantes qui utilisent des techniques lourdes? Pourquoi ce dénouement, cette simplicité proche de la sécheresse, de la cérébralité pure?
JCBL.- Ce qui m'intéresse des installations - c'est qu'elles sont des lieux d'échanges multiples – elles sont des agents de liaison entre plusieurs espaces distincts du monde de l'art. Qu'elles soient savantes et les techniques lourdes, elles sont profitables à l'intelligence et à l'esprit. Je suis, néanmoins, pour l'utilisation de peu de moyens, voir d'éléments, mais j'attends que cela produise des grands développements. Il faut penser, par ailleurs, que les conditions de l'appréhension d'une oeuvre ont changé. Le réel s'est complexifié, et les idéaux modernes de visibilité, transparence, de point de vue et de possible construction de vérité ne correspondent plus au réel actuel.
4 E.L.- Rendre animé, insuffler l'air, convoquer du regard, inciter à la réflexion...Avez vous le sentiment d'une force inemployée dans les «regards éteints» au sens de Baudelaire, que voir nécessite un effort, qu'il n'est plus guère possible d'assister passivement à une prestation et qu'une pratique artistique exige une implication, demande une polyvalence, une polysémie autant dans la distribution ou force de proposition que dans la réceptivité?
JCBL.- La réception est une autre forme de production de sens, et la production dévient une forme de réception, re-articulant des formes de représentation antérieures et contradictoires. D'autre part, il ne faut pas oublier que pour la première fois dans l'histoire à l'ère du numérique que l'image est un système dynamique. (Peter Weibel de L'institut pour les nouveau médias de Frankfurt an/main). Les images vont devenir de plus en plus fondées sur l'expérience alors il faut tenir compte nécessairement de la transaction provoquée par la participation.
5 E.L.- Quels sont les projets en cours? Quel est l'avenir de cette installation? Peut-on parler de prolongements. Existe-il une idée de suites, de séries dans votre travail?
JCBL.- Je traverse une période de profond intérêt par l'image en mouvement et mes dernières productions concernent surtout la vidéo et le film. Elle sera prochainement montré à Rio et à Lima. En photographie, il m'est arrivée de travailler par séries, , ce qui suppose approfondir le processus créatif, explorant chaque versant, en passant par des multiples variations et tentatives, interrogeant constamment les limites de ce qui est une production et sa progression. Mais je parlerai plutôt de périodes dans mon travail. L'investigation est parfois longue et active jusqu'au dernier moment.
Entrevista de Emmauel Loi a Juan Carlos Belon lemoine durante la presentación de la instalación video «objet à détruire» en la galería «OÙ» de Marseille, diciembre 2006
Emmanuel LOI:
1.- Que podemos decir de este trabajo, que necesita una economía particular,? un modo de empleo inapropiado? que implique no una complicidad del espectador sino su participación? Dicho sea esto, - el video da la impresión de ser una lección de des-aprender, de ser introducido en una espacialidad de donde no saldremos más enterados luego de haber visto la obra, dado que la intrusión es solicitada, que el recien llegado o la persona desinformada forma parte del dispositivo.
JCBL.
- De cualquier modo, el espectador es considerado aquí como un interlocutor que piensa. Si el pasante-espectador se detiene a mirar el video, el dispositivo en tanto que sistema que structura la experiencia sensible habra cumplido su función; instalar a éste al interior de una cierta duración, de un tempo particular. Por otro lado, se pone en juego la percepción del espectador implicándolo en un trabajo de representación y de constitución de imagenes. Como toda producción simbólica, ésta no tiene que ver totalmente ni únicamente con lo visible, lo visible es tan solo una parte de la obra. El contacto visual directo con ella es tan solo un porcentaje de lo que se puede saber de ésta. La realidad no termina en lo que vemos o percibimos. El video «objet à détruire» es más sugestivo que representativo.
2 EL.- El hecho de ser confundido, intrigado por la questión del tiempo métrico, binario, de la respiración, de los latidos del corazón, se apoya en en una estrategia. Con que fines? Que espera de la reacción , de la reflexión de la persona convocada?
JCBL.- El tiempo siempre es una de mis preocupaciones principales y constantes ya sea en mi producción fotográfica, como en el video y en mis instalaciones. El sonido obsesivo del metrónomo impone su cadencia como el tiempo lo hace de manera soberana en todos los actos de la vida. El tiempo que se repite pero que nunca es el mismo. Pero hay que ir más alla de la identificación de los que es mostrado, hay una distancia entre la imagen especulada y la realidad percibida. La instalación convoca el sentido pero no solamente el de las imagenes, de los objetos, del dispositivo. Las pistas probables son numerosas pero ninguna interpretación «perfecta» es posible puesto que el sentido esta sobretodo repartido más que concentrado, la instalación es polisémica. Sin embargo, no hay que traicionar la experiencia estética por un excezo de interpretación.
3 E.L.- Expone poco. No solamente su producción es poco vista en Marsella donde vive desde hace 15 años, sino que su investigacion concerne el aligeramieto del dicurso, la voluntad de retirar, de reificar el punto de vista. Cómo se articula su práctica con el campo actual del arte contemporáneo, de las instalaciones doctas que utilisant técnicas complejas? Porqué esa resolución, esa simplicidad tan cercana a la aridez, a la cerebralidad pura?
JCBL.- Lo que me interesa de las instalaciones – es que son espacios de intercambios múltiples – actuan como agentes de contacto entre diversos espacios distintos del mundo del arte. Que éstas sean eruditas y las técnicas complejas no deja que sean provechosas a la inteligencia y al espiritu. Soy partidario, sin embargo, de la utilización de pocos medios, inclusive de elementos, pero espero que ello conduzca a grandes desarrollos. Hay que tener en cuenta que las condiciones de la aprehensión de la obra han cambiado. Lo real se ha complicado y los ideales modernos de visibilidad, transparencia, de punto de vista único y de posible construcción de la verdad ya no corresponden al real actual.
4 E.L.- Animar, insuflar el aire, convocar la mirada, incitar a la reflexión...tiene usted el sentimiento que hay una fuerza desactivada en las «miradas apagadas» en el sentido de Baudelaire, que ver necesita un esfuerzo y que ya no es posible asistir pasivamente a una prestación y que una práctica artística exigue una implicación, que obliga a una cierta polivalencia tanto en la distribución o fuerza de la proposición que en la receptividad?
JCBL.- La recepción es otra forma de producción de sentido, y la producción se vuelve una forma de recepción re-articulando formas de representación anteriores y contradictorias. Por otro lado, no hay que olvidar que por la primera vez en la historia, en la era digital, la imagen es un sistema dinámico. (peter Weible del Instituto para los nuevos medias de Frankfurt an/main) Las imagenes con las que hay que contar van a estar cada vez mas fundadas en la experiencia, entonces, habrá que tener cuenta, necesariamente, de la transacción provocada por la participación.
5 E.L.- Cuales son sus proyectos actuales? Cual es el futuro de esta instalación? Se puede hablar de desarrollos. Hay en su trabajo la idea de series, de sucesiones?
JCBL.- Atravieso un periodo de profundo interes por la imagen en movimiento y mis ultimas producciones conciernen sobretodo el video y el film. La instalación sera presentada proximamente en Rio y en Lima. He trabajado en series sobretodo en fotografía, lo cual supone profundisar el proceso creativo explotando cada veta pasando por múltiples variaciones y tentativas, interrogando constantemente los límites de los que es una producción y su progresión. Sin embargo, diría que, en mi trabajo, se trata mas de periodos. La investigación es a veces larga y activa hasta el final. Marsella, diciembre 2006